DomiLaine, Dominique Lainé

Il est inutile de fermer ma vie à clef, j'ai bien le droit d'y laisser entrer les passants, il n'y reste pas un prestige à casser - Georges Bernanos.

Un jour, je suis né, au Havre

Dominique Lainé


Etre né quelque part ? Au Havre, par exemple. C'est au Havre que je naquis en 1959 et c'est au Havre, qu'aujourd'hui encore, je vis après quelques voyages, après quelques exils, après quelques rêveries. J'y ai construit ma vie, ma famille. J'y ai vécu mes amours les plus solides et les plus passionnés. C'est au Havre que sont nés mes enfants. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que de nourrir dans cette ville autant  d'enthousiasmes et d'exaltations que j'en ai nourris ; dans cette ville verticale rasée par les bombes de la Royal Air Force en 1944, dépouillée ainsi de son histoire et de son prestige et reconstruite par Auguste Perret dans un style que Le Figaro qualifia de "mussolino-stalinien", autant dire la joie qui émane de ces constructions. Et puis il y eut Oscar Niemeyer et son expérimentation voulue plus audacieuse mais non moins mastoque. On dirait qu'on s'est ingénié à faire de cette ville un laboratoire des névroses architecturales. Pourtant c'est ma ville et la mer omniprésente y apporte ses chants d'évasion... heureusement. Les navires, en ballet incessant tracent, inconsciemment des routes d'espoir. L'âme de la ville est là, qui ne demande qu'à revivre. Peut-être le temps des apprentis sorciers nés du chaos touche-t-il ici à sa fin. Ma Bretagne adorée m'aura en tout cas conservé la force d'y croire tant j'ai aimé aller m'y ressourcer  pour repartir de l'avant quand les doutes m'assaillaient. Si vos pas sur Internet vous ont conduit ici, sachez que ce site n'a d'autre prétention que d'exister, dans son inconsistance, que pour être, au fil des jours mon cahier d'écriture, telle que je veux bien qu'on la lise. Ce n'est ici qu'un peu, un tout petit peu, de ce que chercha Diogène dans la multitude : un homme.